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Biographie

Ma vie.

​Je suis né près de Lille (Nord) en 1938, dans une famille d’industriels. Mon père était lillois, industriel dans le textile et catholique convaincu (dans sa jeunesse, il avait même fait un essai dans un monastère, pensant s’y engager). Ma mère était née à Montpellier, car son père était avocat à Montpellier. Mon héritage est donc mi-nordique, mi-méridional, ce qui n’est pas si courant qu’on ne doive le signaler.

 

Mes parents se sont installés au début de leur mariage à Versailles (Yvelines), je ne sais pas exactement pour quelle raison. J’ai passé mon enfance à Versailles et fait mes études à St Jean de Béthune chez les eudistes. C’était un bon collège où j’ai trouvé le milieu religieux un peu formel et compassé. Le collège était fréquenté par de bonnes familles de la noblesse ou de la bourgeoisie aisée.

 

Mon enfance fut vécue dans la pratique de la foi et la paix. J’avais un goût pour l’art et les choses artistiques, pour la littérature et je lisais beaucoup.

Lors de mes années de terminale, j’ai eu le désir de fréquenter des milieux pauvres, très pauvres et vivant aux marges de la société. Il y en avait aux périphéries de Versailles et, pendant des années, j’ai animé une équipe une fois par semaine et rassemblé des jeunes appartenant à des milieux très défavorisés. Je ne trouvais jamais d’aides auprès des garçons du collège, très vite effrayés dès leur première expérience par le fossé qu’il y avait entre eux et ces jeunes très livrés à eux-mêmes et démunis. J’en ai beaucoup reçu, mais c’était à vrai dire une charge trop lourde pour moi. Je m’en sentais à la fois responsable et, il faut le dire, un peu dépassé. Cela a néanmoins duré des années (4 années) de dur labeur une fois par semaine.

 

Après mon bac, j’ai fait des études de droit, de sciences économiques et de philosophie. Je n’étais pas mauvais intellectuellement, bien qu’ayant intérieurement une gêne et une interrogation constante qui m’empêchait de croire que je pouvais réussir. Je réussissais, mais j’étais aussi convaincu de ne pouvoir réussir, je ne sais pour quelle raison. L’appartenance à l’aumônerie de Sorbonne (le Centre Richelieu) m’a enraciné dans une foi d’Eglise. J’ai été marqué par le rayonnement du P. Lustiger, son abord de la vie chrétienne en continuité avec le judaïsme m’a fort influencé et convaincu. Il y avait des enseignements théologiques centrés sur les Pères, des célébrations liturgiques pour les fêtes, des célébrations pénitentielles, toute une vie chrétienne concrète et dynamique avant Vatican II. Nous étions alors convaincus que l’évangélisation du milieu étudiant était réalisable, à portée de main, accessible et ouverte. C’était déjà un certain retour aux sources de la foi. C’était avant Mai 68.

 

Le fait que le directeur du Centre, qui sera plus tard nommé archevêque de Paris, le P. Lustiger était d’origine juive m’a fait comprendre la continuité de la Bible et de la Révélation, et le fait que les racines juives de la foi chrétienne devaient être plus valorisées et mises en lumière. La personne du P. Lustiger, animé par l’urgence de la diffusion de la foi à partir du mystère de l’élection d’Israël à toutes les nations et du terreau de la foi juive et de Jérusalem m’a profondément marqué.

 

L’Ecriture devait dès lors devenir la source principale de la foi, comme Vatican II plus tard l’a confirmé. Une redécouverte des racines de la foi judéo chrétienne se faisait jour et en appelait à une foi plus vivante, plus instruite et fondée sur la Révélation elle-même. Le séminaire de Paris a été fondé par le P. Lustiger sur cette conviction. C’est lui-même qui me l’a confirmé un jour que je le visitais à l’archevêché. J’ai gardé le P. Lustiger toute ma vie comme éducateur et éclaireur de ma foi adulte. J’ai voulu inscrire ma vie de foi dans ses pas. J’ai passé beaucoup de temps à suivre les activités du Centre Richelieu (plus intéressé par elles que par les études) et ai assumé des responsabilités pour les philosophes (j’en fus responsable étudiant plusieurs années successives).

 

Je me suis posé la question de la vocation à ce moment-là. J’aimais la philosophie mais je ne me sentais pas d’en faire une carrière. Je voulais suivre le Christ au désert un peu comme Charles de Foucauld auquel je vouais une grande admiration. J’aimais la foi chrétienne sans aucune résistance intérieure. Je voulais vivre uniquement d’une foi vivante et, autant que possible éclairée, c’est-à-dire non confinée dans des préjugés et étroitesses. J’ai connu à cette époque la communauté de l’abbaye du Bec-Hellouin par des retraites et des séjours et je souhaitais une vie semblable.

J’ai travaillé dans la banque comme attaché de direction aux questions économiques et financières. Ça ne me séduisait pas beaucoup. Je ne voulais connaître et vivre que ce qui me motivait en profondeur, ce n’était pas le cas de la banque. Pas d’attirance, nulle profondeur.

 

Puis, j’ai fait mon service militaire en Allemagne chez les chasseurs portés (8° GCP). J’y ai passé 15 mois, pour moi, arides et insipides. C’était le creux et, dans mon cœur, je décidais de me vouer à Dieu dans un monastère. Je suis entré à l’abbaye de la Pierre-qui-vire en 1965, à la fin de mon service militaire. J’ai suivi toutes les étapes de la formation normale (trois ans de philo, trois ans de théologie, en même temps que des travaux manuels, dont vacher pendant deux ans et demi). J’ai fait en 1971 et jusqu’en 1973, une thèse de Doctorat avec Paul Ricoeur sur Hegel, à Nanterre. Je résidais à Paris, dans une fraternité monastique, et je faisais en même temps connaissance du Renouveau dans l’Esprit qui débutait à ce moment-là dans des groupes de prière. J’y reçus l’effusion de l’Esprit qui m’a fort émue.

 

Je rentrais à l’abbaye pour y enseigner au studium la philosophie et la liturgie. J’aimais enseigner. J’étais conquis par la pensée de Levinas. Je m’y suis attaché, et je découvrais en même temps la théologie de l’Orient chrétien et de l’orthodoxie avec, notamment, Olivier Clément. Je fus convaincu qu’une unité avec l’Orient chrétien ne pouvait que revitaliser la foi de l’Eglise de Rome. J’aimais la prière orthodoxe et participais parfois à des offices dans l’Eglise orthodoxe.

 

La théologie du concile de Vatican II m’a conquis, dans le sens où l’on retrouvait de nouvelles insistances sur des pans entiers de la Tradition qui avait été négligés dans les temps modernes. C’était à l’évidence un Souffle nouveau. Par contre, j’étais mal à l’aise avec une théologie raccourcie du concile, où l’on se contentait d’une démocratisation de la vie de l’Eglise en abandonnant la sacralité du culte et du déroulement méditatif des journées monastiques, ce qui n’était pas tellement le but premier des textes conciliaires, qui se présentaient comme un retour aux sources plus qu’un ralliement à la société sécularisée. Je me sentais en porte-à-faux par rapport à des applications que je trouvais trop sommaires à la vie courante dans le monastère et qui la vidait d’une partie de son sens. Il y avait du bon, et du moins bon, dans la désinvolture avec laquelle on traitait de saines traditions en les mettant trop rapidement au rebus. Je me voulais totalement conciliaire et attaché en même temps à la vraie tradition de l’Eglise appelant à une permanente conversion des cœurs. Ce n’était nullement opposé, bien sûr. On croyait trop à l’époque à la transformation des structures extérieures et pas assez à la transformation intérieure. Du coup, les changements semblaient trop superficiels. La suite m’a donné raison.

 

Après discernement d’un an, après dix-sept ans de vie commune, je souhaitais aller vivre en ermite dans le but d’approfondir ma relation à Dieu et d’y respirer librement de l’Esprit -Saint en retrouvant une intuition centrale des Pères du monachisme. Le but de la vie monastique est bien l’acquisition de l’Esprit-Saint (St Benoît, St Seraphin de Sarov, saint Jean Cassien et tous les autres). Je ne voulais pas passer ma vie à intellectualiser, mais bien à m’unir à Dieu, à mon avis, parent pauvre de tous nos débats sur l’évolution de la vie de l’Eglise. C’est la profondeur de la relation à Dieu qui avait pâti de toutes ces discussions relatives aux évolutions à entreprendre. Je soumettais ce désir à mon supérieur qui m’indiqua les démarches à entreprendre pour faire la lumière sur cette intention, durant un an, conclu par les Exercices de Saint Ignace de Loyola suivis avec le P. Guiliani, jésuite durant un mois complet. Mon P. abbé m’a alors donné le feu vert après que je lui aie dit qu’il semblait que le Seigneur m’appelait à cela. Il m’a dit : « Vas-y » ; J’y allais sans réfléchir davantage, assuré de suivre l’appel de Dieu après tant d’étapes de discernement soigneusement observées.

 

J’ai été ermite 5 ans, dans deux villages différents. Avec le soutien moral et matériel de Viviane de Montalembert qui venait m’épauler de temps à autres, je me retrouvais soumis à une solitude exigeante et bénéfique tout à la fois. J’étais souvent visité par la douce présence de l’Esprit, et, d’autres fois, par des anxiétés éprouvantes. C’était l’alternance de moments privilégiés de grand bonheur et de tourments. C’est ainsi. On devient ermite pour être purifié par le Seigneur. J’étais quand même assez isolé par rapport à la société et je pensais que cette offrande coûteuse de moi-même dans le secret du cœur avait du prix à ses yeux.

 

Je reçus un petit frère, bien faible au plan psychologique, tourmenté et bien disposé au plan spirituel, Antonio. Il resta des années avec moi, puis s’envola, hélas ! Je ne voulais pas vivre tout seul.

 

C’est alors que je découvrais les misères humaines. Je n’en avais pas autant l’expérience dans le monastère, préservé malgré tout des plus grands maux. Déjà, étant ermite, je priais pour la guérison des personnes qui venaient à moi et je faisais partie d’une équipe entourant un prêtre exorciste dans le diocèse d’Orléans, à la demande de l’évêque du lieu. Expérience formatrice et vraiment enrichissante au plan humain.

 

Je voulais être ermite pour découvrir des appels à la prière de libération (délivrance) et à la guérison intérieure. J’y fus conduit pas le Seigneur, avec de multiples occasions de prier pour les personnes et leur libération.

 

J’arrivais au Prieuré St Pierre St Paul à la Croix sur Ourcq en Juin 1987, et j’y suis toujours avec un petit nombre de frères et de sœurs.

 

L’accueil des personnes blessées a représenté une grande partie de notre action. Beaucoup de blessés de la vie ont fait des séjours au Prieuré. Certaines, comme Meriem (baptisée au Prieuré) sont restées avec nous et font partie intégrante de notre petit groupe. D’autres sont parties ailleurs, non sans avoir reçu un réconfort pour leur vie future. Il y en eut beaucoup.

Les sessions et retraites sur la guérison des blessures et de la mémoire, sur la libération par rapport aux esprits nous a occupé toutes ces années. La peinture d’icônes a fait l’objet de nombreuses sessions afin d’asseoir une autre vocation, celle de nous unir à la vie de l’Orient chrétien par souci de communion et de partage de nos spiritualités respectives appelées à ne faire qu’une. Nous poursuivons le but de retrouver les racines communes de l’Eglise indivise (avant leur division). La vie de l’Esprit est aussi de nous unir par l’Esprit à ceux qui en vivent depuis longtemps et en ont l’expérience séculaire.

 

J’ai rédigé des livres sur l’icône, le corps, la vie dans l’Esprit, la liturgie (qui prend une grande place dans notre vie courante). Nous chantons l’office à toutes les heures du jour, grâce à Dieu, chaque jour.

 

Nous jouissons d’une belle propriété et c’est une souffrance de ne pouvoir l’exploiter comme il faudrait, de façon écologique et responsable. Nos bâtiments ne sont pas assez occupés et nos champs et forêts ne sont pas assez exploités. Que Dieu nous vienne en aide.

 

Nous avons un jardin potager qui produit des légumes respectant l’écologie. C’est un premier pas. D’autres attendent. Nous avons eu pendant de nombreuses années un troupeau de moutons.

 

Nous vivons en étroite communion avec l’Eglise locale et jouissons de sa bienveillance un peu circonspecte, car nos moyens en tous ordres n’ont pas encore donné toutes leurs possibilités ! Nous supplions pour qu’advienne notre accomplissement en Christ.

Bibliographie

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